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Les Voyages de James Cook  (2004)

Ce tableau ou plutôt cette composition illustre en quelque sorte le programme d’histoire moderne de mes chères années d’études universitaires.

L’idée était plaisante tant elle regroupait les images exotiques, les espaces maritimes, l’évasion, l’histoire excitante des voyages et des découvertes par les Européens du monde au XVIIIème siècle, la grande époque de la marine à voile …

Petit rappel historique…

Cette époque met en lumière la lutte maritime inexpiable franco-anglaise à l’échelle du globe tant aux niveaux commercial et colonial qu’en termes scientifiques, techniques et militaires. Plus précisément, le XVIIIème siècle fut une période remarquable pour les voyages maritimes et l’essor scientifique, loin de l’empirisme et du hasard des découvertes d’avant. Ici, le lien est constant entre le voyage et la science au cours de véritables expéditions, fruits de préparations minutieuses et de rigueur scientifique.

Le Pacifique, au début du siècle, est le centre d’intérêt majeur en raison d’un double mystère : la question des passages entre les océans et celle de l’existence d’un continent austral ou le triomphe du mythe de l’équilibre de la Terre au temps des Lumières. L’idée est qu’il y a forcément une symétrie des terres immergées mais cette hypothèse restait à vérifier. L’ignorance reste grande car les mers sont très dangereuses, les moyens techniques et les connaissances restent lacunaires malgré les incursions espagnoles (contrôle de la route du Galion de Manille) et les tentatives hollandaises (découverte au XVIIème siècle de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande, laquelle étant même interprétée comme l’avancée du mythique cinquième continent).

Les motivations politiques, commerciales, le prestige des Etats sur fond de rivalité et d’émulation ; la curiosité scientifique surtout car inséparable du courant des Lumières ; la dimension philosophique bien loin des prétentions mercantiles ; le mythe du bon sauvage ; le succès des relations de voyages ; l’innovation technique ou encore le début de la coopération internationale et l’achèvement de la construction géographique du monde ( idées chères à Cook…), sont autant de thèmes de recherches foisonnantes et dont les effets se retrouveront sur la littérature et la philosophie.
Cet intérêt se reportera également sur les sciences humaines dont la problématique novatrice globale mettra désormais l’accent sur les comparaisons et la dialectique depuis les îles elles-mêmes définies comme objet de réflexion et de recherche.

Dès lors, l’esprit scientifique se singularise par la foi aux possibilités quasi-infinies de l’intelligence humaine et les progrès techniques qui intéressent l’ensemble du public cultivé et valent aux savants l’appui des princes.

La planète, « chose incommensurable », était désormais ronde et plus grande qu’on ne l’eût cru dans l’esprit du XVIème siècle. Ses limites restent floues en dépit de la maîtrise de la circumnavigation depuis Magellan. Le nombre de tours du monde passe de 3 au XVIème siècle, à 5 au XVIIème et enfin à 10 au XVIIIème siècle et génère un déplacement géographique de l’engouement technique et utopique. Cette utopie se détourne de l’Amérique, dont l’univers se rétrécit, désormais assimilée dans la culture européenne, pour franchir une étape et s’élancer soit vers le Pacifique : tout aussi imaginaire que les Amazones et les Paradis terrestres américains, soit vers l’astronomie (évolution résumée chez Fontenelle dans « Entretiens sur la pluralité des mondes » 1686).

Enfin, les voyages d’explorations sont intimement liés aux périodes de paix. Absorbées par l’exploitation économique de l’acquit du XVIème siècle et par les affrontements des puissances maritimes entre elles, les flottes européennes n’ont guère fait progresser au XVIIème siècle que par à-coups la connaissance de la planète, sauf pour les grandes réussites continentales. Le XVIIIème siècle renouvèle les explorations maritimes jusqu’à fixer presque définitivement l’image du monde vers 1790 (sauf Asie centrale et intérieur de l’Afrique).

La composition du tableau :

11 éléments figurent sur le tableau afin de tenter d’illustrer un moment capital de ce qui a été précédemment décrit. Comme dans toute nature morte et, notamment les compositions de ce genre, les objets apparaissant de manière spontanée, voire asymétrique. Ils ne doivent pas faire illusion et sont en fait placés de manière très précise selon une étude rigoureuse de l’équilibre de l’ensemble, mais aussi selon le degré d’importance historique ou plus simplement selon la chronologie.

  1. On remarquera par exemple que l’on peut établir une suite de trois éléments dans toutes les directions autour du portrait de James Cook : élément fédérateur.

  2. La disposition fait appel au principe théorique de la « section d’or » (notamment pour le chevalet placé sur un axe situé à environ 0,62 de la largeur totale du tableau ou encore pour l’étagère).

  3. Le livre (reliure rouge à gauche du bateau) « Nouveau voyage autour du monde » 1696 de William Dampierre sert de point de départ chronologique tant il fit sensation à l’époque pour sa grande rigueur auprès de la Royal Academy et du gouvernement anglais.

    William Dampierre (1651-1715) fut un personnage aussi incroyable que complexe : sous-officier pendant la troisième guerre anglo-hollandaise et exploitant forestier dans le Golfe du Mexique, puis féroce flibustier contre les Espagnols , en même temps hydrographe de génie, dont la carte des vents et des courants de l’hémisphère Sud fait toujours l’admiration des spécialistes ; auteur de nombreuses relations de voyages et découvreur entre autre de nouvelles côtes de la Nouvelle-Guinée, de l’Australie, du futur archipel Bismarck, Timor, etc., sans compter les mutineries et les naufrages dont il fut victime… avant de se retirer à Londres. Son héritage est fondamental. Il s’attira le respect incontestable des milieux scientifiques ; ses écrits furent largement édités et firent longtemps autorité dans toute l’Europe des Lumières. Il fut un des grands acteurs (avec Behring, Roggeven, Anson, Byron ou encore Wallis et Carteret) de l’engouement pour le Pacifique.

  4. La réaction française est présente avec deux livres aux couvertures  « vieillies ». Ils évoquent d’abord le voyage de Bougainville qui fut la première expédition parascientifique (1766-1769) et aussi le premier tour du monde pour la France, démontrant par là que, malgré les défaites (perte du Canada), notre marine pouvait encore être prestigieuse. L’autre livre concerne La Pérouse, dont le voyage, postérieur à James Cook, voulu et financé par la monarchie moribonde de Louis XVI avait pour but de reconnaître d’autres terres selon une stratégie ambigüe, entre prestige et programme scientifique énoncé par Lavoisier.

  5. Le portrait et le carnet de bord de James Cook  ainsi que la maquette de l’Endeavour sont au centre pour évoquer le tournant majeur de ses expéditions et de ses conséquences.

    James Cook fit trois voyages (1768-1771 ; 1772-1775 ; 1776-1779) à travers tout l’océan Pacifique. Je ne rentrerai pas dans les détails et les péripéties très largement étudiés par les spécialistes. Je me permets néanmoins ici de donner quelques explications quant à la représentation du globe et du bateau.

  6. Le globe représente évidement tout le champ d’exploration effectué au cours de ses trois voyages, depuis le Cap Horn ; l’Antartique ; l’Indonésie et l’Océanie ; la côte chilienne ; Hawaï jusqu’aux Aléoutiennes et au-delà du Détroit de Behring à la recherche d’un improbable passage du nord-ouest . Je me suis servi d’une simple mappemonde d’écolier en ayant donné des couleurs nacrées et anciennes avant de reporter patiemment les longitudes et latitudes (clin d’œil et hommage rendu aux avancées techniques de l’époque) selon la perspective du globe et la mise en adéquation avec les degrés) ; autant dire que le fait de reporter enfin les contours des terres fut un réel plaisir après bien des déboires !...

  7. Le bateau : l’Endeavour (=effort) est le premier navire de James Cook et le nom sonne mieux que la « Résolution » : second navire lors du deuxième voyage … Navire de la découverte mais aussi pour moi navire du possible car c’est tout de même le premier plan du tableau et là : gros problème !!

    Je savais que James Cook avait exigé auprès de la Navy un navire charbonnier qu’il baptisa lui-même Endeavour, que c’était un bateau solide, faisant à l’origine le commerce sur la Tamise, spacieux, avec une quille droite plus facile à radouber, un centre d’inertie abaissé pour affronter l’océan inconnu, un armement de petit calibre ainsi qu’un appareil expérimental pour distiller l’eau de mer etc. Mais au fait, à quoi ressemble t-il vraiment ? Les représentations étant très peu nombreuses et très discutables, je ne pouvais me lancer- moi aussi- dans l’aventure sachant que cela devait être le premier plan d’une composition que je voulais la plus réaliste possible. Heureusement, pour la première fois, Internet m’a sauvé (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je me suis équipé) et permis de commencer le tableau. En fait, à l’occasion du rassemblement international de voiliers à Brest en 2003, l’un des bateaux « stars » n’était autre que l’Endeavour ou plutôt sa réplique réalisée par des Australiens, avec toute la panoplie de photos assorties ! Je n’avais plus qu’à me mettre au travail.

  8. Le portrait de James Cook est la copie d’un tableau célèbre du navigateur avec quelques nuances renforcées sur le contour du visage et les détails vestimentaires: la difficulté fut de « sacrifier » plus ou moins son oreille cachée par le grand mât, mise au point qui nécessita plusieurs esquisses du couple « bateau-portrait » sachant que l’ensemble devait tenir entre le globe et les livres et tenir compte des proportions précédemment décrites. De même, il ne fallait pas surcharger l’ensemble de gréements superflus.

  9. Situé à droite du bateau, un livre porte les références de Joseph Banks : compagnon de voyage de Cook, membre de la Royal Society et père fondateur de la science botanique. Il fut l’un des onze scientifiques de la première expédition. C’est lui qui donna le nom de Botany Bay (en raison d’une nature très riche) à l’endroit même où Cook débarqua sur la côte australienne le 29 avril 1770 : endroit qui deviendra plus tard Sidney…

  10. Enfin le livre de Pierre Léon est un classique parmi d’autres consacrés à l’histoire économique du monde. On remarquera que la parité est respectée avec à gauche deux auteurs français et un Anglais alors que les trois livres à droite sont de deux auteurs anglais et d’un Français : clin d’œil oblige à la rivalité franco-anglaise de l’époque, le tout a été réalisé dans une gamme neutre de couleurs afin de détacher la maquette.

  11. L’ensemble coquillage-bateau-mappemonde sur un axe diagonal coupe l’autre diagonale établie entre les livres au niveau du portrait (élément central du sujet) et permet surtout de donner une envolée à la composition à partir d’objets de plus en plus imposants vers le haut du tableau.
Je ne saurai finir sans évoquer la difficulté majeure du tableau : le fond. C’est lui qui donne l’atmosphère générale. Je travaille toujours les dégradés de fond en incluant de la peinture Glycéro de façon à obtenir quasiment une laque. Après plusieurs échecs, l’inclusion du fond parfaitement net de la mappemonde semblait acceptable avant de pouvoir rentrer dans le vif du sujet.

Au final, il s’agit d’une toile « de synthèse » des acquits, mais surtout une manière passionnante de vivre la peinture que j’ai pu exploiter notamment par le biais des tableaux sur le Premier Empire.

Espérant vous avoir séduit.

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